The Ellroy Corsican Tour, part III

Nous nous engageons dans une interzone sans âme, truffée de magasins de pièces auto, d’immeubles ternes et de centres commerciaux bunkerisés qui doit évoquer à Ellroy une version cheap des noeuds humains de Williams, Gallup et autres villes champignon avalées par le no man’s land des terres désertiques de la Californie intérieure, de l’Arizona et du Nouveau Mexique.

Nous nous extrayons de cet enfer bétonné aux couleurs criardes et mettons le cap sur le col de San Stefano, empruntant la route sinueuse qui surplombe le défilé du Lancone. James et son épouse s’émerveillent de l’odeur de maquis qu’ils découvrent pour la première fois, ce qui m’incite, dans un moment évident de perte de lucidité, à évoquer Asterix En Corse, et l’excitation de Ocatarinetabelletchitchix au moment où, sur le bateau qui le ramène en Corse, le chef de clan hume enfin, à l’approche des côtes, l’odeur de sa terre d’origine.

Je suspends mon récit en plein vol, frappé soudain de l’innocuité d’une telle anecdote narrée à un californien et une texane, à qui Asterix doit autant évoquer de choses que Placid et Muzo à un Antambahoaka des côtes malgaches. Sauf que Helen Knode connait Asterix, qu’elle a croisé lorsqu’elle étudiait le français en cours à Austin, une langue dont il lui reste d’ailleurs quelques respectables rudiments.

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Le défilé du Lancone

Au fur et à mesure que nous progressons vers notre lieu de rendez-vous, à Murato, nous faisons connaissance, et très vite, de manière incroyable, s’installe une ambiance tellement détendue qu’avant même d’arriver au col je discute avec Ellroy comme si nous nous étions deux vieux amis, sans aucune timidité ou crainte. Je lui narre quelques aventures croquignolettes qui se sont déroulées dans un caboulot tout près de là, dont l’une concerne un ancien joueur international du Sporting Club de Bastia, on passe ensuite à son séjour en Russie, dont il revient, avant qu’il ne me pose mille questions sur Napoleon, sur l’histoire de la Corse, et les rapports de l’île avec la France. L’occasion pour moi d’évoquer Pascal Paoli, sans surprise, en raison de ses liens avec les Etats-Unis. Apprendre que les insurgés de la Pennsylvania Line chargeaient les anglais au cri de « Remember Paoli » le ravit, ce qui ne l’empêche pas de m’asséner sans transition un définitif

« But Napoleon, my God, he had a massiiiiiiiiiiiiiiiive dong! »

« Mais Napoleon, bon Dieu, il avait une énorme queue! »

Impossible encore, avec un an de recul, de se faire un avis sur cette sentence définitive du dog. Doit-elle son origine à l’admiration que porterait Ellroy à l’Empereur en raison de ses conquêtes et de ses exploits militaires, ou juste à une passion pour la question de la taille des attributs masculins, qui reviendra comme une litanie, de loin en loin, au fil des conversations, de Valery Giscard D’Estaing à Lee Marvin en passant par Cassius Clay ou évidemment Beethoven, son idole absolue?

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L’église Saint Michel de Murato

Nous traversons Murato, donc l’église, comme de juste, fait son petit effet, à la recherche de l’entrée de la Ferme de Campo di Monte, restaurant réputé dans toute la Corse et même au-delà, normalement fermé à cette époque, mais que Dominique Mattei, directrice du centre culturel Una Volta et partenaire indispensable de nos moindres faits et gestes événementiels, a réussi à faire ouvrir juste pour nous après un coup de fil à Pauline, la cuisinière et maîtresse de maison.

Passé le pont qui signale la sortie du village, la ferme est sensée se trouver à notre droite. Nous roulons de longues minutes, avant que je sois pris d’un doute subit… Et si nous nous étions trop éloignés? Nous retournons sur nos pas, à la recherche désespérée d’un quelconque embranchement, en vain. Jusqu’à un chemin en terre barré d’un panneau « Entrée interdite ». Une manière pour le moins originale d’accueillir les clients d’un restaurant, mais qui sait? C’est la seule option possible, et je la choisis avec une évidente appréhension, alors que mes passagers commencent à se demander dans quel pétrin ils ont pu se fourrer, perdus en Méditerranée, au milieu de la brousse, sur une piste inhospitalière, conduits par un inconnu qui semble n’avoir pas le moindre début d’idée de l’endroit où il les mène.

On s’enfonce, de virages serrés en nids de poule, et à l’arrière, Helen et François éclatent d’un rire jovial mais, me semble-t-il, un chouïa nerveux, tandis qu’Ellroy contemple la végétation qui nous entoure, l’air dubitatif. Au bout de dix minutes de piste, il me lance un « C’est encore loin, Sebastian? » d’une neutralité qui ne me rassure guère. Histoire d’afficher l’assurance de celui qui maîtrise la situation, je réponds d’un « environ cinq minutes » que je regrette après la phrase prononcée. Si par malheur nous ne sommes pas sur la bonne route, il faudra rebrousser chemin sans pour autant avoir la moindre idée d’où se diriger ensuite. Le meilleur moyen de foutre en l’air de manière spectaculaire la venue d’Ellroy en Corse dès les premières minutes. Bien joué…

S.B.

Part I

Part II

Part IV

Part V

Last Part

 

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7 commentaires sur « The Ellroy Corsican Tour, part III »

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