The Ellroy Corsican Tour, part III

Nous nous engageons dans une interzone sans âme, truffée de magasins de pièces auto, d’immeubles ternes et de centres commerciaux bunkerisés qui doit évoquer à Ellroy une version cheap des noeuds urbains de Williams, Gallup et autres villes champignon avalées par le no-man’s-land des terres désertiques de la Californie intérieure, de l’Arizona et du Nouveau Mexique.

On met enfin le cap sur le col de San Stefano, empruntant la route sinueuse qui surplombe le défilé du Lancone. James et son épouse s’étonnent de l’odeur de maquis, qu’ils sentent pour la première fois.

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Le défilé du Lancone

Au fur et à mesure que nous progressons vers notre lieu de rendez-vous, à Murato, nous faisons connaissance, et très vite, l’ambiance se détend. Je narre quelques aventures croquignolettes qui se sont déroulées dans un caboulot tout près de là, dont l’une concerne un ancien joueur international du Sporting Club de Bastia, et on passe ensuite à son séjour en Russie, dont il revient, avant qu’il ne me pose mille questions sur Napoleon, sur l’histoire de la Corse, et les rapports de l’île avec la France.

Caboulot

L’occasion pour moi d’évoquer Pascal Paoli, sans surprise, en raison de ses liens avec les Etats-Unis. Apprendre que les insurgés de la Pennsylvania Line chargeaient les anglais au cri de « Remember Paoli » le ravit, ce qui ne l’empêche pas de m’asséner sans transition un définitif

« But Napoleon, my God, he had a massiiiiiiiiiiiiiiiive dong! »
« Mais Napoléon, bon Dieu, il avait une énorme queue! »

Impossible encore, avec un an de recul, de se faire un avis sur cette sentence définitive du dog.

Napoléon, il avait une énorme queue !

Doit-elle son origine à l’admiration que porterait Ellroy à l’Empereur en raison de ses conquêtes et de ses exploits militaires, ou juste à une passion pour la question de la taille des attributs masculins, qui reviendra comme une litanie, de loin en loin, au fil des conversations, de Valery Giscard D’Estaing à Lee Marvin en passant par Cassius Clay ou évidemment Beethoven, son idole absolue?

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L’église Saint Michel de Murato

Nous traversons Murato, donc l’église, évidemment, fait son petit effet, à la recherche de l’entrée de la Ferme de Campo di Monte, restaurant réputé dans toute la Corse et même au-delà, normalement fermé à cette époque, mais que Dominique Mattei, alors directrice du centre culturel Una Volta et partenaire indispensable de nos moindres faits et gestes événementiels, a réussi à faire ouvrir après un coup de fil à Pauline, la cuisinière et maîtresse de maison.

Au milieu de nulle part

Passé le pont qui signale la sortie du village, la ferme est sensée se trouver à notre droite. Nous roulons de longues minutes, avant que je sois pris d’un doute subit…

Et si nous nous étions trop éloignés? Nous retournons sur nos pas, à la recherche désespérée d’un quelconque embranchement, en vain. Jusqu’à un chemin en terre barré d’un panneau « Entrée interdite ». Une manière pour le moins originale d’accueillir les clients d’un restaurant, mais qui sait? C’est la seule option possible, et je la choisis avec une évidente appréhension, alors que mes passagers commencent à se demander dans quel pétrin ils ont pu se fourrer, perdus en Méditerranée, au milieu de la brousse, sur une piste inhospitalière, conduits par un inconnu qui semble n’avoir pas le moindre début d’idée de ce qu’il est en train de faire.

C’est encore loin, Sebastian ?

On s’enfonce, de virages serrés en nids de poule, et à l’arrière, Helen et François éclatent d’un rire jovial mais, me semble-t-il, un chouïa nerveux, tandis qu’Ellroy contemple la végétation qui nous entoure, l’air dubitatif.

Au bout de dix minutes de piste, il me lance un « C’est encore loin, Sebastian? » d’une neutralité qui ne me rassure guère. Histoire d’afficher l’assurance de celui qui maîtrise la situation, je réponds d’un « environ cinq minutes » que je regrette après la phrase prononcée.

Si par malheur nous ne sommes pas sur la bonne route, il faudra rebrousser chemin sans pour autant avoir la moindre idée d’où se diriger ensuite. Le meilleur moyen de foutre en l’air de manière spectaculaire la venue d’Ellroy en Corse dès les premières minutes. Bien joué…

S.B.

Part I

Part II

Part IV

Part V

Last Part

7 commentaires sur « The Ellroy Corsican Tour, part III »

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